Pascale Théorêt-Groulx  /  9.8 Mètres par seconde par seconde

Pascale Théorêt-Groulx s’intéresse à la dichotomie entre la science et l’humain, entre ce que l’une a de savant, d’irrévocable, de théorique et ce que l’autre a de maladroit, d’affectif et de perceptible. Non sans humour, par le biais d’installations, de sculptures et de vidéos, dans des propositions légères en apparence bien que réflexives, l’artiste confronte ces deux mondes aux oppositions parfois très prononcées.

Par exemple, la sculpture Machine à bulles, un caisson en plexiglas rempli d’eau dans lequel est plongé un tuyau connecté à une pompe responsable d’un bouillonnement de bulles d’air, est la reproduction miniature d’une machine utilisée dans certains centres aquatiques pour amortir l’impact des plongeurs au contact de la surface. Cette installation fait sourire par la suggestion du plongeon raté qu’elle évoque et de la maladresse involontaire du sportif. Ou encore cette combinaison de cosmonaute pour le moins improbable, faite à partir de membrane de construction Tyvek greffée de poches remplies d’air - dont une danseuse se vêt le temps d’une performance lors du vernissage de l’exposition - semble vouloir défier les lois de l’apesanteur, et le ridicule. Ce défi d’apesanteur peut également s’appliquer à la vidéo Monter en bas présentant en fond d’écran un ciel dont les nuages défilent imperturbablement. Sur celui-ci apparaissent de façon intermittente, projetés dans l’espace tels des images subliminales ou des hallucinations, des flashs de capsules dans lesquelles des actions mystérieuses et des objets non identifiés, des exclamations et des rires, apparaissent et résonnent subrepticement. Pour accentuer la fragilité du phénomène, le projecteur est déposé de manière précaire sur une structure de béton et de bois, à la limite de l’instabilité. Cet échafaudage est tout aussi instable que la construction régissant la vidéo À Perpétuité dont l’écran est suspendu par 2 câbles et déposé sur un bloc de manière à l’incliner vers l’arrière. Elle présente en plan rapproché la tête d’une femme vue de dos, couchée sur le sol. Des balles de ping-pong, parfois en suspension, parfois tombant et roulant sur elle, se succèdent et rythment cette action douteuse. Par ces confrontations, Théorêt-Groulx cherche à pointer le décalage entre la vérité scientifique et le monde sensible, le savant et le profane, dans des propositions qui défient allègrement les codes esthétiques autant que les lois de la physique.

Caroline Andrieux

Pascale Théorêt-Groulx

Pascale Théorêt-Groulx est diplômée d’une maîtrise en Media Arts de l’Université Emily Carr de Vancouver pour laquelle elle a reçu une bourse du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada. Elle a récemment participé à deux résidences d'artiste au Banff Centre en Alberta et chez DAÏMÔN à Gatineau.