Catherine Landry Gabriel Lapierre  /  Générateur Spectaculaire

Et si l’action était une fin en soi, et non pas un moyen ? Conçu par Catherine Landry et Gabriel Lapierre, Générateur spectaculaire prend vie lors de performances réalisées par les deux artistes qui détruisent progressivement le fruit de leur travail. Cette installation performative évoque ainsi des actions qui ne produisent rien d’autre que le fait d’avoir été faites, à l’image de la démolition/construction gentrificatrice qui est déjà un thème cher à la Fonderie Darling.

Situé au sud-ouest de la rue Ottawa, contre le mur du bâtiment Hydro-Québec, Générateur spectaculaire se présente d'abord sous la forme d’un cube de briques composé de 5 murets, mesurant chacun 5 pieds de hauteur par 6 pieds de largeur. Produites en réplique par l’utilisation d’un moule de plâtre et d’argile liquide, ces briques creuses se distinguent grâce aux différentes glaçures qui caractérisent chaque muret, allant d’une application d’oxyde de fer rouge à une gamme de glaçures brillantes et colorées. À la droite du cube se trouve une masse verrouillée dans une boîte. Cette masse est employée lors de 5 performances qui permettent aux artistes d'activer l'oeuvre en la détruisant. Le son de l’impact de la masse est accentué par un microcontact relié à un amplificateur, renforçant ainsi l’effet d’une explosion. Cet amplificateur se trouve dans un faux mur en béton, installé entre les 5 murets et le bâtiment. Une partie de ce mur tampon est un espace grillagé dans lequel les artistes pourront collectionner les débris.

L’installation est détruite par les artistes à raison d'un muret par performance, à l’occasion de soirées de la Place Publique 2018. Armés de la masse-micro, les artistes éclatent les briques de céramique et font résonner le son amplifié de la masse contre le muret. D'activation en activation, les murets s'effondrent, dévoilant les différentes glaçures et laissant s’échapper un son de moins en moins étouffé. A la fin de la performance, les débris sont placés dans l’espace grillagé prévu à cet effet, rendant possible l’observation de l’évolution de la structure au travers de ses transformations. Il en résultera un dégradé de débris montrant les cinq différentes glaçures.

Ce que la démolition génère, c'est le spectacle, l'attente de la libération du son et le changement esthétique de l'environnement urbain. Tous les efforts de production qui ont été fournis pour produire les briques ne servent qu'à cet effet, marquant l’absurdité de la relation entre le moyen et le but. Paradoxalement, lorsqu'il n'y aura plus de murets, il ne restera plus rien à démolir, plus rien ne pourra générer le son et il n'y aura plus d’installation pour performer le spectacle. Cette fin aboutira à un anti-climax silencieux qui planera sur les débris du dispositif. La sculpture, à son aboutissement, atteste d'une action qui n'avait comme seule finalité que d’être faite.

La démolition qui produit le bruit qui produit le spectacle n'aura ainsi produit que des témoins.

Cécilia Énault

Catherine Landry Gabriel Lapierre

Catherine Landry et Gabriel Lapierre sont tous les deux étudiants au baccalauréat en art de l'École des arts visuels et médiatiques de l'UQÀM. Dans le cadre d'un cours intitulé "Problématique de la sculpture : les espaces publics ", dispensé par l'artiste et professeur Stéphane Gilot, ils ont pu participer à un concours élaboré en partenariat avec la Fonderie Darling afin de concevoir l'oeuvre semi-permanente qui intégrera la Place Publique à l'été 2018. Tout au long de l'année scolaire 2017-2018, l'ensemble des étudiants de ce cours ont été amenés à conceptualiser, développer et défendre leurs projets d'oeuvre d'art public au sein de la classe, puis en face d'un jury externe constitué de spécialistes. Lors de ce jury, les étudiants ont présenté le concept, la maquette, les échantillons et le budget de leurs projets. Les lauréats Catherine Landry et Gabriel Lapierre bénéficient ainsi d'un encadrement logistique et financier assuré par la Fonderie Darling pour produire leur Générateur Spectaculaire.

Catherine Landry

Les thèmes récurrents de la pratique artistique de Catherine sont liés aux stéréotypes de genre dans la société actuelle. Elle critique la culture populaire qui entretient souvent des propos problématiques et contribuent à forger un imaginaire collectif néfaste pour certaines communautés marginalisées. En utilisant une esthétique séduisante pour mieux attirer l’attention du public, Catherine le porte à se questionner. Puisqu'elle travaille souvent avec l’autoportrait, on trouve un aspect performatif dans son travail en vidéo et en photographie. Ces médiums lui permettent de créer des environnements séduisants et fantastiques dans lesquels elle peut performer. Le modèle masculin apparaît progressivement dans sa recherche. En travaillant de cette manière, Catherine inverse les rôles de dominances, toujours présents dans la société, en créant des projets où l’homme est objectifié par son regard d’artiste. Sa pratique s’étend aussi dans les procédés analogues, telles la photographie argentique et les techniques artisanales. Au travers de la poterie, Catherine propose un questionnement sur la place des arts mineurs, traditionnellement réservés aux femmes, dans le milieu artistique institutionnalisé.

Gabriel Lapierre

Gabriel travaille principalement sur l’idée de la réappropriation de la perception. Il utilise entre autres des systèmes empruntés aux traditions occultes occidentales (sigils, tarot, alchimie, talismans…) et s'intéresse aux théories du point de vue situé ainsi qu'au fonctionnement de l’effet placebo. Gabriel tente d’entreprendre un travail avec des implications politiques qui sont intimement lié à son mode de vie, flânant sur la scène musicale punk et folk underground du Québec et du nord des Etats-Unis depuis plus de 6 ans.