Lieven De Boeck  / Let us be us, again and again, and always

Présentée en coproduction avec Cultureel centrum Brugge, Belgique

Pour cette première exposition sur le continent américain de l’artiste belge Lieven De Boeck, Let us be us, again and again, and always, le choix s’est porté sur la présentation simultanée de deux installations qui se répondent tant formellement que conceptuellement.

Le projet White Flags, est né en réaction à la visite que l’artiste fit au siège des Nations Unies à New York. Frappé par le déploiement strictement alphabétique des drapeaux des 192 états membres  de l’institution, De Boeck commença à s’interroger sur d’autres façons de les regrouper par affinités formelles. Il identifia ainsi 6 catégories de motifs (les abstraits, les croix, les cercles, les étoiles, les croissants, les figuratifs) avant de les classer par la suite sur le nombre de couleurs utilisées par drapeau. L’étape suivante fut d’éliminer toute valeur chromatique. Épurés, blanchis et comme métaphoriquement nettoyés, ces ersatz des étendards nationaux se voient à priori et de prime abord dépossédés de leurs spécificités et fonctions originales. Tout se passe comme si De Boeck avait en quelque sorte neutralisé les symboles et références religieux, historiques et idéologiques qu’ils portent en eux.

Un contraste intéressant par rapport à cette canopée toute en candeur est ici formé par l’installation de sol, libre et flottante, mobile et activable par les visiteurs, The World Unmade. À la lettre il s’agit de 43 ballons de basket-ball identiques, peints dans les 43 tonalités Pantone identifiées sur les couleurs des drapeaux onusiens. 

Sur chacun d’eux, un pochoir de couleur est appliqué mettant en relief les océans. 

On se retrouve donc face à une œuvre qui prolonge le questionnement des White Flags, mais qui en change le paramètre d’approche. Là où, dans White Flags, il s’agissait d’identifier les formes géométriques ou symboliques communes de ces symboles culturels  et nationaux, la recherche porte ici sur les convergences chromatiques des différents drapeaux.

A ce titre, l’installation forme ici un contrepoint plastique particulièrement  efficace: couleur contre neutralité, mobilité contre suspension, sphères contre rectangles.

Au-delà, le fait que les couleurs soient appliquées aux océans (l’élément qui sépare fondamentalement nos différents pays ou continents) et laissent donc en réserve l’ensemble des terres émergées, renforce l’idée d’une communauté naturelle que des projections et identités culturelles  arbitraires tendent à diviser.

Un élément essentiel réside le potentiel ludique et activable de l’installation. Comme à exprimer le fait qu’il nous appartient toujours à tout un chacun de changer la donne, en bousculant les éléments culturels qui pourraient nous séparer.

Emmanuel Lambion

Lieven De Boeck

Lieven De Boeck crée une typologie de Lui-même à travers l’autoportrait. Si ce portrait peut prendre la forme d’une performance (Do You Come to My House Tonight?, 2007), de dessins (We, 2007, projection de diapositives avec une voix off), d’un texte en néon (let us be US, 2006) ou d’un objet (My Belongings, 2004), il s’agit toujours d’une invitation personnelle à écrire ou imaginer son identité.
Utilisant ce procédé des typologies, Lieven De Boeck examine et réinterprète des sujets généraux d’une façon originale, comme l’identité, les limites, l’espace, le public et le privé, le territoire, l’appropriation, la copie et l’original.