David Armstrong Six  /  Night School

Cette exposition présente les œuvres les plus récentes de David Armstrong Six et se compose d’une installation spécialement réalisée pour la grande salle de la Fonderie Darling ainsi que de différentes sculptures, disposées dans l’espace de manière autonome. Portant jusqu’à présent un regard sur l’humain par des compositions sculpturales abstraites aux postures anthropomorphiques, son centre d’intérêt se déplace aujourd’hui sur l’empreinte des civilisations et sur l’héritage laissé par différentes cultures. Sous l’apparence de conglomérats de formes non définies, d’objets hétéroclites et anachroniques scellés l’un à l’autre, l’artiste propose une compression tout autant temporelle que formelle, à travers une archéologie fictionnelle du futur qui interroge de façon inquiétante mais ironique l’avenir du monde.

Les sculptures d’Armstrong Six résultent d’un assemblage de modules abstraits associés à plusieurs éléments distinctifs de différentes époques, que l’on retrouve de façon quasi systématique dans ses compositions. Des moulages surdimensionnés de sangsue, des roches fossilisées en béton, des débris d'enseigne à l'alphabet chinois pétrifié. L’intérêt de l’artiste pour les organismes préhistoriques s’est déjà révélé précédemment par la présence du nautile, une espèce marine dont l’origine remonte à un demi-milliard d’années. De la même façon la sangsue, animal d’eau douce préhistorique - hermaphrodite et hématophage, invertébré et à deux cœurs - a traversé l’histoire. Même si elle provoque une certaine répulsion, sa valeur médicinale suscite aujourd’hui un regain d’intérêt chez les scientifiques. Le dernier élément distinctif présent dans les sculptures est le papier bulle, membrane de plastique d’emballage qui sert aujourd’hui de protection, particulièrement aux œuvres d'art. Son motif laisse en creux une empreinte caractéristique sur différents éléments, provoquant une forme d’anachronisme. Par inversion, sa nature, à prime abord enveloppante, dévoile en négatif l’objet protégé, accentuant des jeux formels entre espaces positifs et négatifs, des jeux de mémoire et d’anticipation. 

L’installation centrale se présente sous la forme d’un tube imposant suspendu au centre de l’espace, qui renvoie à différents registres: un grotto — ce passage clandestin à travers la roche — ou un tunnel, un orifice démesuré ou encore une partie de vaisseau spatial destinée à la conservation d’archives. Sur la cimaise sont accrochées de mystérieuses empreintes qui semblent à première vue de spécimens en voie d'extinction mais qui, à mieux regarder, résultent d’empreintes de chaussures, agrandies et recadrées. 

Cette traversée du temps, ce conglomérat de formes empruntées à l'esthétique de la ruine et cette collusion de différentes composantes amènent à interroger l’empreinte des humains sur terre.

 

Caroline Andrieux

David Armstrong Six

Né à Belleville en Ontario, David Armstrong Six vit et travaille à Montréal. Son travail a été exposé à l'international depuis 1997, notamment à la Night Gallery (Los Angeles, 2014), à la galerie Nikolaj Kunsthall (Copenhague, 2013), lors de la Triennale Québécoise au Musée d'art contemporain de Montréal (Montréal, 2008) ainsi qu'au centre White Colums (New York, 2004). L'artiste a également présenté ses oeuvres lors d'expositions individuelles au Museum of Contemporary Canadian Art (Toronto, 2013) et à la Künstlerhaus Bethanien (Berlin, 2012). En 2011, il a été finaliste pour le Prix Louis-Comtois.