Guillaume Adjutor Provost  /  Vapeurs

La proposition de Guillaume Adjutor Provost pour la petite galerie de la Fonderie Darling assume une posture volontairement équivoque : cherchant à se loger dans les interstices entre l’histoire et la fiction, l’exposition invite les visiteurs à une expérience à la fois familière et indéterminée — atmosphérique, voire légèrement toxique, comme l’annonce le titre de Vapeurs. Les œuvres exposées agissent ainsi comme des indices dont l’interprétation est ouverte, des signaux porteurs d’une énigme qu’il reviendrait à chacun d’énoncer en se faisant soi-même psychonaute, navigateur de l’âme. Sur les murs de la galerie, des taches noires empruntent leurs motifs altérés aux tests projectifs d’exploration de la psyché, afin de vous tendre leurs miroirs obscurs. Des sculptures en résine évoquant des trilobites — ces invertébrés qui nous sont parvenus à travers les millénaires par voie fossile — jonchent le sol, porteurs de flacons d’alcool et d’herbes sédatives dans leurs carapaces aux couleurs acidulées. Un grand ectoplasme flotte, projeté sur un écran : d’allure à la fois archaïque et prophétique, cela dévoile progressivement son identité à qui veut bien prêter l’oreille. Une performance, bien réelle celle-là, investira de temps à autre la plate-forme aménagée au centre de la salle d’exposition – pour en redistribuer les cartes, en remagnétiser les significations potentielles.

Vapeurs appelle à la libre exploration d’un territoire en latence où s’entrecroisent les temps et les espaces : tantôt chantier de fouilles, tantôt plateau scénique, interface mémorielle, palais des glaces ou écran de projection fantasmatique. À cette stratification psycho-spatiale répond une certaine diffraction de la vision artistique, puisque dans un geste dont il est coutumier, Provost a invité des collaboratrices à intervenir dans une exposition personnelle. En l’occurrence, une conversation à trois s’est mise en place avec les artistes montréalaises Julie Tremble et Guillaume B. B. afin d’élaborer l’univers de l’exposition et les œuvres qui composent celle-ci. La méthode et le propos de Vapeurs ne viseraient-ils pas dès lors la mise en œuvre d’un réseau ou d’un essaim (de sens, de personnes, d’images, de formes, de liens) – une métaphore de ce qu’on appelle aujourd’hui couramment un cloud ?

« Je préfère les instants où l’image s’éteint en moi, et la brume s’épaissit », entendrez-vous à un moment dans l’exposition. Faire taire l’image. Invoquer la brume. En créant dans l’espace d’exposition une sorte de non-lieu propice aux apparitions spectrales et à l’ébauche de fragments de conscience, qui parfois s’incarnent en des personnages de fiction avant de retourner au néant, Provost et ses complices affirment avec force la possibilité d’activer, par les temps troubles qui courent, une forme de voyance.

 

Ji-Yoon Han

Guillaume Adjutor Provost

Né en 1987 à Gatineau, Canada
Vit et travaille à Montréal, Canada

Guillaume Adjutor Provost poursuit des études doctorales à l’École des arts visuels et médiatiques de l’Université du Québec à Montréal. Son travail a été exposé au Canada, aux Etats-Unis et en Europe à l'occasion d'expositions solos et collectives. Il a obtenu des bourses du Conseil des arts et des lettres du Québec, de Première Ovation et une bourse d’études supérieures Hydro-Québec.