Edouard Sautai / Castorama, le paysage canadien

Le noble art du bricolage

L'artiste Édouard Sautai nous présente une vision ludique du paysage canadien inspirée du castor. À l'instar du castor qui utilise les matériaux bordant le rivage, Sautai a accumulé des objets urbains disponibles sur place, comme des bobines de fil vides en forme de cône et du bois d'allumage.

Le castor est «l'acteur dans le paysage, car il modifie le paysage», juge Sautai. L'artiste tente donc de superposer son travail à celui du rongeur, dans l'espoir de susciter une réflexion sur l'importance accordée par la société à certaines formes de travail. «Souvent, déplore Sautai, il n'y a pas de relation entre le travail produit par les citadins et ce qu'ils consomment. En bricolant, les gens redonnent un sens à ce qu'ils fabriquent». Il déplore que l'artiste contemporain soit souvent perçu dans la société comme un «rigolo» et que le travail artistique soit si peu valorisé.«L'artiste doit-il produire comme un castor»?, s'interroge-t-il.

Dans la salle d'exposition, les grands espaces canadiens ont été réduits à deux composantes distinctes: des boîtes en bois jonchant le sol et des morceaux de bois, qui empilés les uns sur les autres, génèrent des formes irrégulières. Ces ossatures cylindriques se profilant à la verticale font référence à l'habitat du castor. Elles paraissent démesurées en comparaison des boîtes rectangulaires qui les côtoient. Celles-ci évoquent des plans d'eau, sur lesquels des cônes en papier s’ agitent par intermittence grâce à des ventilateurs.

Rompant avec les proportions naturelles de chaque élément, un infatigable castor semble avoir construit de multiples tours de Babel. Le désir de produire des objets démesurés provient de la perception qu'a Sautai de l'espace nord-américain. Cette préoccupation spatiale est présente entre autres dans les colonnes, constituées de bobines de fil vides, dont la progression ascendante donne l'impression qu'elles se poursuivent au-delà du plafond.

Chose surprenante, cette installation interprète la nature à partir de matériaux manufacturés. Sautai propose un paysage dans lequel le «naturel» a été évacué au profil d'une vision fabriquée par l'homme” Son installation se veut une réflexion sur le travail produisant des objets manufacturés comparé au labeur provenant d'objets artistiques. L'image du castor portraituré en vaillant bâtisseur est ici associée à l'ingénieur constructeur de ponts. Le côté brut, qui se dégage de cette installation, est pour l'artiste une façon de conserver «la marque de l'inachevé». Ce qui permet de mieux comprendre comment les choses ont été réalisées. Pour Sautai, est artiste «celui qui fait».

François Cliche 

Edouard Sautai

la biographie de l'artiste est disponible sur son site.