Cynthia Girard-Renard  /  Sans Toit Ni Loi : Les Cétacés Du Saint-Laurent

Avec l’exposition « Sans toit ni loi : les cétacés du Saint-Laurent », l’artiste montréalaise Cynthia Girard-Renard pose un geste dont l’apparente simplicité traduit une puissante vision. Dans la Grande salle de la Fonderie Darling, elle a suspendu le mobile grandeur nature d’une baleine bleue. Le corps élancé du plus grand animal vivant sur notre planète – ici 23 mètres de long – devient ainsi l’étalon imaginaire de l’espace industriel. Qu’advient-il lorsque cette habitante saisonnière du fleuve vient à notre rencontre, comme pour nous observer, sur le terrain des humains

Premier volet d’une recherche au long cours sur les mammifères marins du Saint-Laurent, l’installation sculpturale et sonore immersive conçue par Girard-Renard nous plonge dans un monde précaire mais plein de fantaisie. L’artiste a créé un milieu marin de papier kraft, peuplé d’oursins géants, d’étoiles de mer fuchsia et dont l’exubérance burlesque, à la manière d’un décor éphémère pour spectacle de saltimbanques, s’entremêle aux vocalisations stridentes des baleines popularisées par le bio-acousticien Roger Payne en 1970. Au monde imaginaire engendré par les animaux des livres pour enfants, les Wonderful Whales et autres Baleines [qui] préfèrent le chocolat, fera sans doute écho le souvenir récent du rorqual à bosse qui était mystérieusement remonté jusque dans le Vieux-Port de Montréal. Et ces baleines que Girard-Renard griffonne çà et là, à la va-vite comme des graffiti : qui pourra nous dire si elles nous sourient ou si elles grincent des fanons ?

« Sans toit ni loi » : à l’image de la vagabonde qui hante le film éponyme d’Agnès Varda, la baleine en papier de Girard-Renard est à la fois ce géant vulnérable qui interpelle notre vigilance et un prodigieux écran sur lequel projeter nos fantasmes, nos frustrations et nos espoirs. Souhaitons qu’elle soit aussi, le temps de sa visite sous le toit temporaire de la Fonderie Darling, une force rassembleuse autour de laquelle des voix multiples pourront entrer en dialogue, des récits s’énoncer et de nouveaux imaginaires s’inventer, afin de forger les alliances de demain, mais aussi de nous faire – littéralement – perdre pied[1]

Ji-Yoon Han


[1] Une programmation publique complète de performances, de projections et de capsules vidéo sera annoncée au début de l’exposition.

*L'exposition est réalisée grâce au soutien du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada (CRSH) et du Groupe de recherche et d'éducation sur les mammifères marins (GREMM)

Cynthia Girard-Renard

Cynthia Girard-Renard détient une maîtrise en beaux-arts de Goldsmiths College à Londres (1998). Elle a présenté des expositions individuelles majeures au Musée d’art de Joliette (2017), au centre Uma Certa Falta de Coerencia à Porto (2015) et à la Esker Fondation à Calgary (2014) et au Musée d’art contemporain de Montréal (2005).

L’artiste a été récipiendaire de bourses du Conseil des arts du Canada et du Conseil des arts et des lettres du Québec pour compléter des résidences d’artiste à Paris, New York, Berlin et Londres. En 2018, elle a reçu le Prix Louis-Comtois décerné à un artiste en mi-carrière ainsi que le Prix de peinture Takao Tanabe du Musée des beaux-arts du Canada.

Ses œuvres font partie de collections institutionnelles telles que le Musée d’art contemporain de Montréal, le Musée des beaux-arts de Montréal, le Musée national des beaux-arts du Québec, le Musée des beaux-arts du Canada, le Ministère des Affaires étrangères du Canada, Carleton University Art Gallery, la Galerie de l’UQÀM, la Banque Nationale du Canada et la Caisse de Dépôt et Placement du Québec. Cynthia Girard-Renard enseigne à l’université Concordia, à Montréal, où elle vit et travaille.